30.12.09

Les Monstres




Un mur coupe la scène en deux.

A droite, sur un lit dressé à la verticale, une femme ouvre les yeux.

A gauche, couché par terre, un homme.


I

Elle –

Tout va bien, shhh. Doucement. Tout va bien.

Silence

Il n’y a pas de monstre sous le lit. Il n’y a pas de monstre à la fenêtre. Je tire les rideaux. Shhh. C’est dans ta tête. Là. Ce sera notre secret. Papa est là. Tiens, prends une cigarette. Tu es belle. On devrait, tu sais. Nous deux aller au cinéma pour changer. Dors, ma puce. Papa est là, tout va bien. Dors. Continue ça. C’est bon. Shhh, doucement. Si elle entendait.

Silence

Doucement. Oui. Encore. Oui. Un monstre noir

Silence

dans ta tête.


Lui –

Qu… Quoi ? Merde. C’est quoi cet endroit.

Se lève difficilement

Tâtonne comme dans le noir

Merde. Il est quelle heure. Si je suis en retard. Merde, merde !
C’est une blague. Attends seulement que je trouve la porte. En prenant l’A13 s’il n’y a pas trop de monde sur le périph je peux encore y être. Si j’avais l’heure.

Où suis-je. Où êtes-vous. Hé ! hé !

Merde. Quelqu’un ?!

Elle –

Oui, oui. Il suffit
de bouger, comme ça

lents mouvements du bassin

quand on a, oui, trouvé le rythme

pose une main sur son ventre

qui dormait
qui attendait
d’être… trouvé, oui
pour s’étendre

Silence

comme une vague
et puis
oh
ça monte
à l’intérieur

Lui –

Il fait sombre. Froid. Merde, c’est quoi cet endroit.

Il s’assoit

Dites-moi au moins quelle heure il est ! Allez, merde ! Si je suis en retard…

C’est ça. C’est ça. Comme un rat.

se lève frénétique palpe le mur

Il y a toujours un conduit de ventilation. Attends seulement que je trouve un conduit de ventilation. Il suffit que ce ne soit pas l’heure de pointe et je gagne vingt minutes sur le périph.

nerveux, au bord des larmes

Je ne comprends pas. Qu’est-ce que j’ai fait. Je ne comprends pas.

Elle –


Calme-toi. Claire est à côté. Tu ne veux pas réveiller Claire n’est-ce pas. Shhh. Papa est là. Papa est là. C’était juste un cauchemar. Han han han han. Les monstres ça n’existe pas. C’est dans ta tête.

Lui –

Quand j’aurai rejoint l’A13 ça ira. Je perdrai une ou deux minutes au péage. Oui. Mais je peux pousser le reste du temps. Ce ne sera pas la première fois.

Elle –

oui renverse-moi
j’oublie tout dans tes bras mon amour un torrent de plomb liquide
et le ciel dans mon ventre renverse renverse-moi
libère mon souffle dans le rythme à l’intérieur et trahir dominer salir sans étouffer ma nuit de calmants rouges bleus et gris se tordre dans toi dans moi
fais crier mon sexe
comme un coup de hache à ta prison d’air

Lui –

Si je suis en retard… C’est clair. Il a dit que c’était la dernière fois.

Il y a des jours comme ça.

Merde. C’est quoi cette pièce. Je ne vois rien même pas mes mains. Il y a un mur là. Il y a des murs tout autour. Je ne trouve pas la porte. Si je pouvais au moins voir mes mains.

agenouillé il fouille le sol à l’aveuglette

C’est ma… oui c’est ma montre. Bon. Shhh.

la porte à son oreille

Tic… Tic… Tic…

Je l’entends. Ce n’est peut-être pas trop tard. Shhh, écoute : tic… tic… tic…

Elle –

Il n’y a pas de monstre dans le placard. Regarde. Caresse-toi. Ne pleure pas ma puce. Caresse–toi j’aime. Encore, dis mon nom. Il n’y a pas de monstre derrière la commode. C’est une vieille maison tu sais. Han. Ce que tu entends c’est simplement le vent dehors, le bois qui craque. Oui oui. La pluie dans le noir sur le toit. Enlève ça regarde-moi.

Lui –

Je me demande si elle est encore à l’heure.

Elle –

Dans la salle sombre avec toi.

Silence

Il n’y a pas beaucoup de monde. Dis, tu te souviens de la dernière fois ? S’ils s’étaient retournés…

Silence

Quand tu parles près de moi ça cogne dans ma tête. Tu as froid ? Donne-moi ta main.

Silence

Shhh. Les rideaux s’ouvrent. Ca va commencer.

Lui –

Il y a de quoi devenir fou. Tic… Tic… Tic…

Silence

Merde. Je ne comprends pas. J’imagine des choses. Je rêve. Si je suis en retard… Il fallait que ce soit aujourd’hui. C’est bien ma chance. S’ils arrivent avant moi alors. Réfléchis. Il doit y avoir un moyen. Il y en a toujours un. Réfléchis. J’ai retrouvé ma montre. Ca doit compter pour quelque chose. Ma mère disait, ma mère : un homme doit avoir une belle montre. Etre ponctuel c’est la clef. Un homme ponctuel, s’il est élégant, qu’il se tient correctement, à sa place naturelle, c’est un homme maître de la situation. Pas de comptes à rendre. Tu m’avais prévenu. Tu m’avais prévenu maman. J’ai toujours été à l’heure et on était fier de moi. On me respectait pour ça. Jusqu’à ce qu’elle avec ses yeux d’animal sauvage. Sa peau comme une toile d’araignée. Avec sa voix qui chauffe le ventre. Merde.

Elle –

Le noir et blanc dansent sur ton visage. Tu as peur ? Bientôt on verra le monstre. C’est le passage que je préfère. N’aies pas peur. Papa est là. Laisse-moi poser ma main sur ta jambe. Tu sais dès que je t’ai vue je savais que toi moi ne me regarde pas. Laisse-toi faire. Ta peau est douce. Tu n’auras plus peur si je te raconte une histoire.

Lui –

Quand elle passait près de moi tu sais maman

Elle –

Shhh. Détends-toi. Personne ne nous regarde.

Lui –

son parfum me coupait en deux

Elle –

J’ai un autre monstre pour toi penche-toi

Lui –

et me fouillait le ventre

Elle –

là là pose ta tête sur mes genoux

Lui –

comme un soleil d’aiguilles

Elle –

il est mort parce qu’il me voulait suffisamment pour m’attirer ici seule la nuit

Lui –

et maintenant si je suis en retard

Elle –

il était une fois
prends-moi
sans penser au chien des Baskerville
dans ta bouche
ce cri quand il est mort je l’ai entendu
j’étais là

Silence

tous les mots sont monstres dans ma tête

Lui –

le temps m’échappe
que suis-je devenu



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à suivre...

26.11.09

Mon carnet poétique ici.

8.11.09





Pour lire mon texte intitulé "Le Don", 1er prix du concours de Poésie Louis Amade 2009, cliquez ici.