Un mur coupe la scène en deux.
A droite, sur un lit dressé à la verticale, une femme ouvre les yeux.
A gauche, couché par terre, un homme.
I
Elle –
Tout va bien, shhh. Doucement. Tout va bien.
Silence
Il n’y a pas de monstre sous le lit. Il n’y a pas de monstre à la fenêtre. Je tire les rideaux. Shhh. C’est dans ta tête. Là. Ce sera notre secret. Papa est là. Tiens, prends une cigarette. Tu es belle. On devrait, tu sais. Nous deux aller au cinéma pour changer. Dors, ma puce. Papa est là, tout va bien. Dors. Continue ça. C’est bon. Shhh, doucement. Si elle entendait.
Silence
Doucement. Oui. Encore. Oui. Un monstre noir
Silence
dans ta tête.
Lui –
Qu… Quoi ? Merde. C’est quoi cet endroit.
Se lève difficilement
Tâtonne comme dans le noir
Merde. Il est quelle heure. Si je suis en retard. Merde, merde !
C’est une blague. Attends seulement que je trouve la porte. En prenant l’A13 s’il n’y a pas trop de monde sur le périph je peux encore y être. Si j’avais l’heure.
Où suis-je. Où êtes-vous. Hé ! hé !
Merde. Quelqu’un ?!
Elle –
Oui, oui. Il suffit
de bouger, comme ça
lents mouvements du bassin
quand on a, oui, trouvé le rythme
pose une main sur son ventre
qui dormait
qui attendait
d’être… trouvé, oui
pour s’étendre
Silence
comme une vague
et puis
oh
ça monte
à l’intérieur
Lui –
Il fait sombre. Froid. Merde, c’est quoi cet endroit.
Il s’assoit
Dites-moi au moins quelle heure il est ! Allez, merde ! Si je suis en retard…
C’est ça. C’est ça. Comme un rat.
se lève frénétique palpe le mur
Il y a toujours un conduit de ventilation. Attends seulement que je trouve un conduit de ventilation. Il suffit que ce ne soit pas l’heure de pointe et je gagne vingt minutes sur le périph.
nerveux, au bord des larmes
Je ne comprends pas. Qu’est-ce que j’ai fait. Je ne comprends pas.
Elle –
Calme-toi. Claire est à côté. Tu ne veux pas réveiller Claire n’est-ce pas. Shhh. Papa est là. Papa est là. C’était juste un cauchemar. Han han han han. Les monstres ça n’existe pas. C’est dans ta tête.
Lui –
Quand j’aurai rejoint l’A13 ça ira. Je perdrai une ou deux minutes au péage. Oui. Mais je peux pousser le reste du temps. Ce ne sera pas la première fois.
Elle –
oui renverse-moi
j’oublie tout dans tes bras mon amour un torrent de plomb liquide
et le ciel dans mon ventre renverse renverse-moi
libère mon souffle dans le rythme à l’intérieur et trahir dominer salir sans étouffer ma nuit de calmants rouges bleus et gris se tordre dans toi dans moi
fais crier mon sexe
comme un coup de hache à ta prison d’air
Lui –
Si je suis en retard… C’est clair. Il a dit que c’était la dernière fois.
Il y a des jours comme ça.
Merde. C’est quoi cette pièce. Je ne vois rien même pas mes mains. Il y a un mur là. Il y a des murs tout autour. Je ne trouve pas la porte. Si je pouvais au moins voir mes mains.
agenouillé il fouille le sol à l’aveuglette
C’est ma… oui c’est ma montre. Bon. Shhh.
la porte à son oreille
Tic… Tic… Tic…
Je l’entends. Ce n’est peut-être pas trop tard. Shhh, écoute : tic… tic… tic…
Elle –
Il n’y a pas de monstre dans le placard. Regarde. Caresse-toi. Ne pleure pas ma puce. Caresse–toi j’aime. Encore, dis mon nom. Il n’y a pas de monstre derrière la commode. C’est une vieille maison tu sais. Han. Ce que tu entends c’est simplement le vent dehors, le bois qui craque. Oui oui. La pluie dans le noir sur le toit. Enlève ça regarde-moi.
Lui –
Je me demande si elle est encore à l’heure.
Elle –
Dans la salle sombre avec toi.
Silence
Il n’y a pas beaucoup de monde. Dis, tu te souviens de la dernière fois ? S’ils s’étaient retournés…
Silence
Quand tu parles près de moi ça cogne dans ma tête. Tu as froid ? Donne-moi ta main.
Silence
Shhh. Les rideaux s’ouvrent. Ca va commencer.
Lui –
Il y a de quoi devenir fou. Tic… Tic… Tic…
Silence
Merde. Je ne comprends pas. J’imagine des choses. Je rêve. Si je suis en retard… Il fallait que ce soit aujourd’hui. C’est bien ma chance. S’ils arrivent avant moi alors. Réfléchis. Il doit y avoir un moyen. Il y en a toujours un. Réfléchis. J’ai retrouvé ma montre. Ca doit compter pour quelque chose. Ma mère disait, ma mère : un homme doit avoir une belle montre. Etre ponctuel c’est la clef. Un homme ponctuel, s’il est élégant, qu’il se tient correctement, à sa place naturelle, c’est un homme maître de la situation. Pas de comptes à rendre. Tu m’avais prévenu. Tu m’avais prévenu maman. J’ai toujours été à l’heure et on était fier de moi. On me respectait pour ça. Jusqu’à ce qu’elle avec ses yeux d’animal sauvage. Sa peau comme une toile d’araignée. Avec sa voix qui chauffe le ventre. Merde.
Elle –
Le noir et blanc dansent sur ton visage. Tu as peur ? Bientôt on verra le monstre. C’est le passage que je préfère. N’aies pas peur. Papa est là. Laisse-moi poser ma main sur ta jambe. Tu sais dès que je t’ai vue je savais que toi moi ne me regarde pas. Laisse-toi faire. Ta peau est douce. Tu n’auras plus peur si je te raconte une histoire.
Lui –
Quand elle passait près de moi tu sais maman
Elle –
Shhh. Détends-toi. Personne ne nous regarde.
Lui –
son parfum me coupait en deux
Elle –
J’ai un autre monstre pour toi penche-toi
Lui –
et me fouillait le ventre
Elle –
là là pose ta tête sur mes genoux
Lui –
comme un soleil d’aiguilles
Elle –
il est mort parce qu’il me voulait suffisamment pour m’attirer ici seule la nuit
Lui –
et maintenant si je suis en retard
Elle –
il était une fois
prends-moi
sans penser au chien des Baskerville
dans ta bouche
ce cri quand il est mort je l’ai entendu
j’étais là
Silence
tous les mots sont monstres dans ma tête
Lui –
le temps m’échappe
que suis-je devenu
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à suivre...